Edito janvier 2014. Produits grand public, accessibilité et associations d’aveugles

Le “toujours plus de nouvelles technologies” dans les produits de la vie quotidienne ()box ADSL, téléviseurs, plaques de cuisson, lave linge ou lave vaisselle et j’en passe) par l’absence totale de solution d’accessibilité, les rend quasiment inutilisables aux personnes aveugles ou malvoyantes.

Loin de moi l’idée du “c’était mieux avant”. Mais l’on ne peut que constater que cette intégration des nouvelles technologies dans de plus en plus de produits de la vie quotidienne crée une forme de discrimination des personnes handicapées visuelles, qui peuvent de moins en moins utiliser ces produits souvent indispensables.

Quelles solutions s’offrent à nous ?

A vrai dire, peu, très peu même.

Retarder le remplacement d’un produit ? mais cette solution ne vaut pas dans le temps. Régresser en lavant tout à la main et en mangeant cru ? Ou alors, attendre que les associations censées oeuvrer pour le bien des aveugles se penchent sur le problème et plus que sérieusement ? Mais, là, vu ce à quoi elles nous ont habitué, l’espoir reste maigre, rachitique même.

Alors oui, elles sont peut être, j’ai bien dit peut être, en contact avec d’obscurs sous adjoints de secrétaires d’états en charge du handicap pour discuter du problème. Mais quels sont les résultats si l’on regarde en arrière sur tant d’autres sujets ? Le constat est navrant : cette méthode ne fonctionne pas, ou quasiment pas.

Prenons l’exemple de l’audio description. Il y a bien eu des pétitions pour pousser à ce que les oeuvres audiovisuelles soient audio décrites. C’est très bien. Mais, que faire d’un contenu audiodécrit si l’on n’est pas en mesure d’y accéder avec un téléviseur grand public ou sa Box ADSL ? Ah oui, il faut encore une fois investir dans du matériel spécifique, onéreux et techniquement obsolète. Le problème aurait-il été pris à l’envers par ces associations ?

Je ne suis qu’un quidam aveugle, ne participant pas aux brainstorming de celles-ci et pourtant, en réfléchissant à peine, on peut trouver des pistes.

Par exemple…

De nos jours, et depuis quelques décennies, les grandes réformes règlementaires ne se prennent pas à Paris, mais à Bruxelles. Et là, les industriels l’ont bien compris et le pratiquent sans vergogne, se sont leur lobyistes qui font voter les lois qu’ils veulent et autres directives européennes.

C’est sur ce terrain qu’il faut aller et utiliser les mêmes armes que les industriels qui savent faire passer à peu près tout ce qu’ils veulent de cette manière.

Les associations censées oeuvrer pour le bien des aveugles en Europe pourraient se réunir et faire un pot commun pour investir dans du lobbying et tenter de tordre le bras aux industriels en leur imposant l’accessibilité des produits grand public vendus sur le marché européen.

Sachant que certaines des grandes associations françaises sont assises sur un patrimoine financier et immobilier au delà de l’imaginable, elles pourraient facilement utiliser une partie de celui-ci pour tenter de faire changer les choses en mettant en oeuvre les mêmes méthodes que les industriels. A savoir : financer lourdement des lobyistes pour faire voter des directives à Bruxelles et enfin oeuvrer réellement pour le bien des aveugles dans leur vie quotidienne. A moins que le but inavoué de nos associations soit de thésauriser toujours plus.

Ces associations font des appels aux dons permanents au public, mais dans quel but ? Que font-elles des fonds collectés pour améliorer réellement la vie quotidienne des personnes aveugles ? Je ne parle pas des randonnées pédestres, des chorales entre aveugles, des formations pour des métiers obsolètes, mais bien d’améliorations réelles de la vie quotidienne.

En restant positionnées sur des actions à la marge des besoins réels des aveugles, ces associations sont coupées de la base et n’ont comme bénéficiaires que peu de jeunes aveugles qui ne se retrouvent pas dans celles-ci. Je n’ai bien évidemment rien contre les moins jeunes, n’étant plus de la première fraicheur moi-même, mais si ces associations ne changent pas radicalement de politique en se tournant vers la modernité, en n’étant plus de simples suiveuses, en arrêtant de pousser les aveugles vers des solutions spécifiques mais au contraire en mettant toute leur énergie vers la mise en accessibilité des produits grand public, elles ne représenteront bientôt plus que leurs dirigeants.

Leur légitimité est déjà plus que relative, qu’en sera-t-il d’ici quelques années si elles ne se remettent pas sérieusement en question en sortant enfin du 20ème siècle, voire du 19eme ?

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5 commentaires :

  1. Vous ne semblez pas avoir entendu parler de l’Union Européenne des Aveugles, qui est précisément l’organisme de lobbying au niveau européen que vous appelez de vos voeux. Et qui participe aux négociations de toutes les directives qui peuvent avoir des conséquences pour les déficients visuels. Avez-vous remarqué, par exemple, que les billets en euros ont tous une longueur et une largeur différente, contrairement aux dollars ? Savez-vous que les banques centrales étaient à l’origine opposées à ce choix, qui augmente le coût de fabrication des billets, et que c’est grâce à la ténacité de l’UEA qu’il a néanmoins été adopté ? Pour être plus dans l’actualité, une directive sur l’accessibilité numérique est actuellement en cours de préparation au niveau européen, et l’UEA a déjà obtenu des améliorations significatives du texte préliminaire, par exemple en élargissant son champ d’application.

    Si vous avez des idées précises, concrètes et réalistes de points sur lesquels des directives européennes devraient être établies ou modifiées, n’hésitez pas à en faire part à l’UEA (dont le secrétariat est en France).

    Roger

  2. Bonjour Roger.

    Merci de cet éclaircissement.

    En effet, cette différenciation des billets d’Euro est une bonne chose. Rappelez moi tout de même quand a été introduit l’Euro et les billets qui vont bien ? Le 1er janvier 2002 si ma mémoire ne me fait pas défaut.

    Effectivement, ça semble avancer, mais, comment dire ? Ca fait 12 ans a quelques jours près. Depuis, quelles avancées majeures pour la vie quotidienne ? Prenons par exemple les produits l’électroménager, ou les produits image et son, Etc. Toujours plus de tactile, de sensitif, d’écrans et par conséquence toujours moins d’accessibilité.

    Pour ce genre de produits, quelques négociations ne suffiront certainement pas et il est plus qu’évident que les industriel vont défendre leur positions pieds à pieds, et c’est ici qu’il faut sortir l’artillerie lourde capable de rivaliser avec celle des industriels.

    Alors oui, en France et en Europe, on voit quelques avancées par ci, par là, mais au final on se rend compte que ça n’avance qu’à pas de fourmis.

    Pour que les choses aient une chance d’avancer face au mastodontes que sont les industriels, il faut investir lourdement dans le lobbying à des niveaux équivalents. Mais certaines associations françaises semblent préférer investir dans un parc immobilier démesuré ou dans d’autres placements financiers plutôt que d’aller dans ce sens.

    Je me doute bien que rien n’est facile, mais quand on ne mets pas toutes les chances de son côté, on peut facilement prévoir le résultat.

    Vous me suggérez de proposer une directive concrète. Allons-y :

    “Tous les produits électriques ou électroniques vendus sur le territoire européen à partir d’une date à définir devront être accessibles aux personnes aveugles ou malvoyantes.”

    Nul besoin de chercher bien loin.

    Bien cordialement.

    Philippe

  3. Salut Philipe,

    Toujours en train de dire ce que je pense tout bas, mais ce que je n’ose dire tout haut!

    Franchement, je dois dire que je suis tout à fait d’accord avec toi. Nous sommes des êtres humains au même titre que tous, nous avons le droit d’un peu, juste un peu, de considération, par Dieu!

    Sur ce coup de gueule, arrêtons de nous cacher!

    ANTOINE

  4. En fait, la loi n’est pas la seule chose qui manque. IL manque soit des sanctions, soit des outils.

    1/Les sanctions

    L’accessibilité des sites web a été inscrite dans la loi de plusieurs pays entre 2004 et 2007. ON est en 2014 et 99,9% des sites web sont toujours autant inaccessibles, et c’est d’autant pire si on regarde ceux des grands acteurs, je veux dire par là ceux qui ont un gros poids politico-économique.
    Donc, le problème n’est pas là.

    Et du côté du web, on a encore de la chance, toutes les notions concernant l’accessibilité ont été précautionneusement étudiés par le W3C et sont librement consultables par tous dans les WCAG.

    En-dehors du web, où il n’existe même pas d’indications claires sur ce qui est accessible et ce qui ne l’est pas, ce qui peut l’être ou pas, ni aucun moyen de l’évaluer concrètement, ni aucune piste d’amélioration même basique pour les points en défaut, c’est peine perdue. IL faudrait déjà commencer par étendre les concepts du WCAG pour pouvoir les appliquer aux applications natives des ordinateurs et mobiles, puis ensuite à tous les objets numériques/intelligents/connectés en général, voire même plus (pourquoi pas les bâtiments publics, les rues et tout le reste)

    Après une fois qu’on a ça, il faudrait pouvoir imposer que soit les société produisent des éléments accessibles, soit qu’elles soient obligé de payer ses concurrentes qui font des choses accessibles elles, et à défaut de concurrents accessibles, payer la recherche d’où il finira probablement par sortir des choses accessibles.
    Évidemment il faut des contrôles périodiques sérieux pour que ça marche…

    Quoi qu’il en soit, tant que personne ne sera concrètement sanctionné pour son inaccessibilité, rien ne bougera. Au lieu de nous emmerder avec ces p#@%~! de brevets logiciels, s’il y avait déjà eu des procès de la même ampleur mais pour la’ccessibilité, ça aurait déjà beaucoup bougé par exemple ! Mais forcément, la’ccessibilité, c’est pas vendeur.

    A l’heure où les objets connectés prennent de plus en plus de place dans nos vies, c’est une notion ultraglobale de l’accessibilité qu’il nous faudrait déjà pour commencer. Pour les PC, les mobiles, les TV, les montres, les distributeurs de billets, et bientôt les micro-ondes, les frigos, les chauffages et les ampoules.

    2/les outils
    Une autre possibilité d’action, c’est par les outils. Dans l’idéal, il faudrait que tous les outils qui sont utilisés pour produire du bien numérique ne laissent pas le choix; en d’autres termes que l’accessibilité soit obligatoire et par défaut, mais que cette obligation vienne intrinsèquement avec les outils utilisés au maximum possible, de sorte que les producteurs aient un minimum à réfléchir.

    JE suis utopiste, sûrement; je pense qu’on va me prendre pour un fou, mais ça pourrait commencer par des choses très très simples :
    1 – Pas d’attribut alt pour un seul tag img = la page web plante et n’est pas affichée dans aucun navigateur, c’est une erreur fatale
    2 – Pourquoi diable les options enregistrant un PDF-UA depuis office 2007+ ne sont pas cochées par défaut ? Ces cases sont impossibles à trouver et personne n’est conscient du problème, donc rien ne bouge. Si elles étaient cochées par défaut, alors autant de personnes seraient certes inconscientes du problème mais au moins tous les PDF générés par word seraient au moins un minimum accessibles. ON peut dire pareil de la bibliothèque QT où le programmeur doit explicitement indiquer qu’il veut utiliser les fonctionnalités d’accessibilité. Ca devrait être par défaut !!!
    3 – Virez-moi le formatage rapide police/couleur/taille dans word et obligez tout le monde à utiliser les feuilles de style; et du coup enseigner aux quidams qu’est-ce que c’est, comment on s’en sert, et pourquoi le formatage rapide est fondamentalement une connerie et pas seulement quand on édite des documents de 100 pages et qu’on doit changer le formatage de 36 titres à la suite. Après une fois qu’on a ça, les potentielles incohérences sémantiques sont nettement plus simples à découvrir algorithmiquement, et on peut aider l’utilisateur à les corriger.

    J’ai pas d’idée dans un sens plus large, mais dans le domaine des objets connectés ou dès qu’on sort de l’ordinateur plus ou moins traditionnel, tout reste encore à faire. Pour nous autres aveugles, on pense en premier à la vocalisation généralisée de tous les affichages, mais il n’y a pas que ça… il y a aussi les indications uniquement transmises par la couleur qui sont un problème par exemple.

    Bref, je suis fou et ça ne se réalisera jamais parce que personne ne sera jamais assez taré, mais je crois que vous voyez l’idée… il faut repenser le monde de demain depuis le début.

  5. Bonjour Philippe.
    Tout d’abord, je te félicite pour ton excellent site que j’ai découvert très récemment. Les contenus sont très pertinents et sont possés de façon régulière.
    Je tients maintenant à réagir sur ton édito de janvier 2014 que je trouve très bien rédigé.
    Tu y parle notamment de l’audio-description et des associatons. Cela m’a fait sourrire intérieurement. En effet, ma mère (qui est une voyante) avat contacté à l’époque l’AVH pour savoir de quelle manière on activait l’audio-description sur notre téléviseur. La réponse a été pour le mins approximative de la part de l’AVH. On nos a dit que l’activation était différente selon les modèles. On nous a indiqué une manipulation a efectué qui n’a finalement pas marcré. Au final, mon père (qui et un voyant) a réussi à force de persévérance à activé l’audio-description. Cela montre bien que les associations sont loins d’être toujours efficaces pour facilitr la vie des aveugles au quotidien. Si je leur avais demandé comment rendre accessible mon téléviseur on m’aurait répondu: “vous pouvez acheter notre décodeur vcal haute définition pour la maudte some de 149€”. Heureusement, des marques commencent à rectifier le tire en installant des solutions vocales sur les téléviseurs Cela va tordre le bras a des sociétés qui prennent les aveugles pour des vaches à laits.
    D’autre part, je trouve que les revendeurs grands publics ont un manque d’information sur les produits accessibles. Je vais te donner un exemple concret. Quand je suis allé acheter mon Iphone chez SFR, le vendeur ne savait pas ce qu’était voiceoveur. J’ai dû lui expliquer la procédure pour l’activer alors que ça aurt dž être l’inverse.
    Enfin, cetaines marques ne mantionnent pas l’accessibilité dans leurs fiches produits. Tu me diras si je me trompe, mais sur le site d’Olympus et de sandssk je n’ai rien trouvé dans les fiches des produits une not quelqconque qui concernant l’accessibilité.
    Je ne suis qu’un lycéen aveugle, fou et rebel mais j’estime que les DV doivent être sur le même pied d’égalité que les voyants. Cela me paraît indispensable pour développer notre automnomie dans un monde où tt bouge sans cesse, en perpétuelle évolution.
    J’esère que je me suis pas trop étalé mais il fallait que je dise tout ce que j’avais sur le cœur.
    Il faut bien que des gens comme nous le disent, sinon rien ne bougera.
    Sur ce coût de gueule, je souhaite une excellente continuation au site.

    À bientôt
    François

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